Et si je congelais mes « œufs »…

« Alors, il arrive quand le tient ? »
« 30 ans, pas mariée, pas d’enfant… Tic, toc ! Tic, toc ! Ça tourne tu sais ! »
« Comme chaque année L’entreprise a besoin de concentrer toutes ses forces. J’espère que tu ne prévois pas de tomber enceinte ! »
Bonjour, je m’appelle Hina, j’ai 33 ans, je suis célibataire sans enfant et j’ai des œufs bio tout frais. (Et tout le monde répond : « Bonjouuur Hinaaa !!! 🙂 )

Illustration de Hina Hundt / La Cerise Électrique sur la congélation des "oeufs" / ovocytes

La vitrification de mes ovocoytes (le terme savant pour parler de la congélation de mes œufs), j’y pensais d’abord avec beaucoup d’humour à l’âge de 27 ans.
Entre temps, je suis allée vivre au Canada, j’ai bossé, voyagé, conversé avec des dessins et suis même tombée amoureuse. Puis j’ai passé le cap des 30 ans.
Entre temps, je suis rentrée du Canada, j’ai continué à bosser, voyager et commencé un nouveau langage : le dialogue de sourds avec le cœur. Puis mes 33 ans ont sonné.
Entre temps, j’ai jubilé à l’idée d’avoir vécu tant de choses toutes ces années, j’ai continué à bosser, voyager, échanger des dessins et finalement perdre le contact avec le palpitant amoureux.
Tout azymut, une forêt de bébés s’est mise à redessiner mes paysages et une meute d’injonctions paradoxales est venue questionner le devenir de ma fertilité maternelle et professionnelle.

Et moi dans tout ça ? Après avoir écumé les refrains de circonstances : « Lonely, I’m Mrs Lonely… – Akon », « All by myself… – façon Bridget Jones » et « Avoir un seul enfant de toi… (oui mais de qui ???) – Phil Barney & Marlène Duval » ; Mon génialissime et magnifique esprit féminin de résilience a sèché ses larmes en moins de temps qu’il n’en fallait pour le dire et a enfin aperçu la lumière au bout du tunnel : L’Autoconservation Ovocytaire. Hallelujah !

Ô joie, ô tressaillement de soulagement en mon sein. Une bouée de sauvetage lancée aux trentenaires de mon espèce. Mon espèce, ces jeunes femmes actives qui pour des raisons qui ne regardent qu’elles, ne veulent pas d’enfant pour le moment ou n’ont pas encore réussit à déchiffrer les codes hiéroglyphes du langage amoureux avec Mr Right.

Ah oui mais, il y a un mais* ! (*Attention ça sent la carotte et pas celle du jardin potager bio de Patrick. Ni celle que tu dégusterais avec délectation dans ta salade petits légumes D’aucy. Non, cette carotte-là a plutôt l’odeur des œufs qui ont dépassé la date limite de conservation.)

Parce qu’en France, si le Comité Consultatif National d’Éthique se dit favorable à la Procréation Médicalement Assistée (PMA) et à l’autoconservation ovocytaire dans les cas de :
– traitement médical ou d’une pathologie risquant d’affecter la fertilité (exemple le cancer)
– don d’ovocytes à la suite duquel, les femmes peuvent faire conserver une partie pour elles-mêmes (cependant plusieurs médecins critiquent souvent cette partie comme étant insuffisante);
L’autoconservation ovocytaires dite de « précaution » ou de « convenance » est néanmoins interdite. En gros pour celles qui n’ont pas encore d’enfant, nous sommes autorisées à donnez nos ovocytes pour aider les autres, mais invitées à aller voir ailleurs pour nous aider nous-mêmes quand nous serons prêtes. #MaisNaaan !
Et c’est pas fini, car ces ailleurs ont plusieurs coûts. En effet, plusieurs pays européens (notamment la Belgique, l’Angleterre, l’Espagne, l’Italie, le Danemark…) ont déjà fait preuve de bon sens en autorisant la vitrification des ovocytes pour une utilisation personnelle. Et si le 1er coût est émotionnel, en contraignant les femmes à l’impossibilité d’être suivies par leurs médecins tout au long de ce processus fastidieux ; le coût le plus rude reste financier puisqu’il faut compter environ entre 3000€ et 5000€.

Illustration de Hina Hundt sur l'infertilité

Pourquoi ai-je décidé d’aborder ce sujet ?
– Parce que les faits sont indéniables. Quand hier en France les femmes se mariaient et avaient leur premier enfant en moyenne à 25 ans, le paysage de notre société actuelle (longues études, opportunités de carrières, difficulté à rencontrer le compagnon avec qui fonder une famille etc…), engendre une mutation de la donne. Trouver le bon équilibre aujourd’hui requiert parfois des talents de funambule et fait reculer en France l’âge moyen du 1er enfant à 31 ans.
– Parce que c’est autant une histoire d’hommes que de femmes. Que les hommes autant que les femmes, se passionnent pour de longues études, des plans de carrière et galèrent parfois à trouver l’amour. Ouais c’est dingue !
– Parce qu’en attendant une évolution favorable des lois de bioéthique, il me semble au moins indispensable de faire circuler l’information avant qu’il ne soit trop tard pour certains œufs. Car si beaucoup de docteurs s’accordent à dire de la fertilité féminine, qu’elle commence son saut à l’élastique à partir de 35 ans ; Certains disent aussi que la période idéale de prélèvement des ovocytes en vue d’une congélation comme dernier rempart à l’horloge biologique, est préconisée jusqu’à 38 ans (dixit Dr François Olivennes).
– Parce que j’ai 33 ans et que je suis célibataire sans enfant.

En conclusion, on fait des études plus longues, on travaille plus longtemps, on meurt plus vieux… Pourquoi ne ferait-on pas des enfants plus tard ?
Alors je vois venir certains qui érigeraient des étendards criant à l’anti-naturel, l’égoïsme de notre société et du regret du bon vieux temps. Et à qui je dirais : Aah si le bon vieux temps revenait à la mode, je suppose que nous nous y adapterions de nouveau (contre d’autres récalcitrants qui crieraient leur regret du TUR-FU).
Bref, si la vitrification des ovocytes dans le cas d’un report du projet familial tel que je l’ai présenté, n’est pas pour autant une garantie de réussite ni LA solution à certains maux de ce siècle ; Elle offre cependant une marge de manœuvre et réaliser cette intervention en France permettrait simplement aux femmes et aux couples d’être mieux entourés, encadrés et suivis. En 2018 se tiendra la prochaine révision des lois de bioéthique.
Je me demande si la blague du congélo me refera rire un jour.

Pour en savoir plus sur cet épineux sujet des « œufs », voici quelques liens intéressants :
– Autoconservation des ovocytes : À quand la fin des inégalités ?
– Congélation des ovocytes : Pourquoi l’interdire est déconnecté de la réalité
– Comité Consultatif National d’Éthique
– Livre : Faire un enfant au XXIe siècle (de François Olivennes)

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