Octobre Rose : Ericka Hart s’expose pour sensibiliser toutes les femmes

Ericka Hart est une jeune femme américaine qui a été touchée 2 fois par le cancer. La première fois, elle assista à 13 ans à un combat malheureusement perdu, celui de sa mère. Non satisfait de cette première tragédie, c’est vers elle que le cancer du sein revenait frapper à la porte. Mauvaise pioche !

Illustration d'Erick Hart par Hina Hundt

Octobre Rose et le Cancer du sein.
Chaque année depuis 25 ans, le mois d’Octobre est celui qui met particulièrement l’accent sur la prévention et la lutte contre le cancer du sein. En effet, ce cancer est chez la gent féminine, le plus dévastateur. Et quand il ne tue pas, il laisse dans certains cas les cicatrices visibles de son passage, à travers une mastectomie. C’est-à-dire, une intervention chirurgicale dans le cadre du traitement du cancer, qui consiste à enlever la totalité de la glande mammaire, l’aréole et le mamelon. Une étape douloureuse et un cheminement que j’imagine long, qui impose aux femmes de repenser leur corps, leur féminité, leur sexualité et bien sûr leur confiance en elle.

Cependant, les campagnes de sensibilisation de masse de ce cancer qui touche toutes les populations de femmes, ne représentent essentiellement que des femmes blanches. C’est à partir de ce constat qu’Ericka Hart a décidé de s’exposer au festival Afropunk de 2016 et de livrer sa vérité.

Ericka Hart at Afropunk Festival - Sammy Sampson Photography

Ericka Hart : Elle a survécu au cancer et à la censure pour sensibiliser toutes les femmes.
Ericka Hart n’est pas du genre à fataliste. Si le cancer s’attaque à elle et lui inflige après victoire, d’assumer sa nouvelle féminité, alors elle s’attaque aussi à lui et lui impose de s’exposer aux vues et sus de tous.

Pourtant la décision d’exposer son combat victorieux contre le cancer du sein ne s’est pas prise sur un coup de tête. En témoigne une vidéo qu’elle a publiée 1 an auparavant « Journal Entry : Body Image After Double Mastectomy«  (en anglais). Elle y explique combien il lui est difficile d’aimer ce nouveau corps dans lequel elle ne se reconnaît plus. Ce corps de femme à travers lequel elle exprimait pleinement sa sensualité, sa sexualité et son militantisme pour la liberté aux femmes de jouir de leur corps. Ce corps était maintenant transformé d’une manière qui ne l’épanouissait plus et surtout qui lui faisait douter de ses idéaux féministes.

Mais comme je vous le disais plus haut, Ericka Hart n’est pas femme à baisser les bras. Ses doutes, son désamour momentané et ses faiblesses sont devenues autant de piliers qui ont élevé son pouvoir de résilience.
C’est ainsi qu’au Festival Afropunk Punk de 2016, Ericka Hart s’y rend la poitrine uniquement vêtue de ses cicatrices et d’un collier.

L’effet est immédiat ! Elle qui avait peur par cet acte de choquer négativement les gens, est embarquée dans un tourbillon d’encouragements autant au festival que sur la toile et de questions sur ce qui lui ai arrivé. Se rendant ainsi compte que les gens ne sont pas très au fait des séquelles que peut laisser le cancer du sein. Mais Facebook ne prenant pas conscience du message véhiculé, supprime d’abord les photos et désactive son compte, avant de se raviser.

À lire aussi : À qui appartient le corps des femmes ?

Ericka Hart : Oser la représentation.
Ce n’est pas un hasard si Ericka Hart a choisi le festival Afropunk pour dévoiler sa vérité et son combat. En effet, la politique de ce festival est basée essentiellement sur la tolérance et l’acceptation de tout un chacun, peu importe son orientation sexuelle, sa confession religieuse, ses habilités physiques etc… Bref, un festival total feel good quoi 🙂 !

Elle qui est une jeune femme noire, homosexuelle et militante pour l’égalité des sexes ne se sentait pas du tout concernée par les campagnes de sensibilisation contre le cancer du sein.

“We are not the target women for breast cancer awareness, “ Hart explained,” Whenever you do a google search of breast cancer, images of White women popped up. However, breast cancer has huge impacts on many different people. It impacts queer women at a morbid rate. I identify as queer and I am a Black woman who survived cancer.” – Clutch Magazine

FR : « Nous ne sommes pas les femmes ciblées par la sensibilisation contre le cancer du sein » explique Hart, « Chaque fois que tu fais une recherche dans google sur le cancer du sein, ce sont des images de femmes Blanches qui apparaissent. Pourtant, le cancer du sein a de grandes répercussions sur les différentes populations. Il affecte les femmes homosexuelles à un taux morbide. Je m’identifie comme étant une homosexuelle et une femme Noire qui a survécu au cancer ».

Oser exposer sa nouvelle poitrine et sa nouvelle vie après le cancer du sein est devenue une lutte indispensable pour la visibilité des femmes non blanches face à cette maladie. D’ailleurs, c’est ainsi qu’elle a fait de son compte Instagram un lieu où elle expose ses photos et ses projets, tout en libérant une parole sans complexes sur l’acceptation entière de soi.

Ericka Hart - Photography by Island Boi

Ericka Hart – Photography by Island Boi

Ericka Hart - Photography by Island Boi

Ericka Hart – Photography by Island Boi

Personnellement, je suis impressionnée par le caractère et le courage de cette jeune femme. Dans sa vidéo que je vous ai partagé plus tôt, elle venait de subir une chirurgie reconstructrice de sa poitrine. Elle disait alors qu’avant sa mastectomie, elle voulait rejoindre le mouvement #Free the Nipple et se préparait à exposer ses seins nus s’il le fallait.
Mais après la chirurgie, privée de ses mamelons et donc d’une partie de sa féminité, les doutes et complexes l’envahissaient au point de se demander si elle était encore éligible ou capable de s’engager dans de telles luttes ?
Pour moi, au chaud derrière mon clavier, la réponse est évidente que OUI ! Mais elle qui sortait à peine d’une bataille sans mercis autant physique que mentale et émotionnelle, pour entamer un nouveau marathon vers l’acceptation de son nouveau soi et le partage de son expérience, je ne peux m’empêcher de saluer sa force et sa capacité de résilience. Bien sûr la forme ne plaira pas à tout le monde, mais c’est aussi cette capacité a finalement faire fi de ce que pensent ou disent les « prêts-condamner » qui m’impressionne chez cette femme. Car en fin de compte l’essentiel reste intact : son message universel de sensibilisation et de prévention contre le cancer du sein.

Illustration d'Erick Hart par Hina Hundt

Si vous souhaiter poursuivre votre lecture sur Ericka Hart, ces liens peuvent vous intéresser :
Un exemple de courage pour les femmes atteintes d’un cancer du sein
La force d’une survivante du cancer du sein
#AfroPunkBK2016: Woman Goes Topless For Breast Cancer Awareness

La Rivière et le Roseau : Conte d’un 1er Amour

hinahundt_invisiblescarTels les flots impétueux de la mer,
Ainsi commence la soif de vie
D’une source d’eau, qui de rivière en fleuve,
Un jour élèvera à son tour son lit
Au rang de mer.
Mille détours accompagnent ce cheminement
Et parmi eux, résonne le cœur de son roseau.
Il suffira d’un seul battement.
Aussi léger et vigoureux que celui des ailes
De la libellule qui danse au fil de l’eau ;
Pour que germe son roseau au bord de la rivière.
Entre la rivière et son roseau,
L’amour limpide, désintéressé et profond
Devient le courant qui les traverse.
Et tout autour, l’harmonie de leur symbiose
S’affiche comme l’évidence naturelle.
Or, bien avant son ascension vers la mer,
La source vivante de la rivière avait un rêve.
Plus profond et ancré que l’amour intime
Qu’elle porte à son écosystème ;
Elle rêvait d’un ailleurs perché parmi les étoiles,
Où à l’instar du berger, elle guiderait les égarés.
Ce rêve incroyable qu’elle cru longtemps impossible,
Chargeait en elle, les matières solides d’une érosion certaine.
Chaque bassin qui se versait en elle
Manquait invariablement le court du fleuve,
Par lequel elle se jetterait dans la mer ;
Pour finalement étoffer la passion de son rêve ultime.
Asséchant de frustrations et d’amertume
Les berges où fleurissait son roseau ;
C’est sans crier gare que la source douce de la rivière
S’acidifia, jusqu’à rompre son intimité
Avec l’organisme qui deviendra désormais
Le et non Son roseau.
« Il y a des cicatrices qui ne sont visibles qu’avec le cœur. »